Si Dieu est amour,
pourquoi la souffrance et le malheur ?
Prédication Bergerac du 23 juillet 2006
Lequel d’entre
nous ne s’est jamais posé cette question au cours de sa vie ? Qu’il soit
chrétien né de nouveau ou en recherche spirituelle, la plupart d’entre nous, se
heurtent à la dure réalité de la souffrance
humaine que nous vivons quelques fois dans notre propre corps ou dans notre
entourage.
Faut-il parler de la
souffrance ? n’est-ce pas inconvenant, indécent
ou prétentieux ? Ne vaudrait-il pas mieux se taire, tant le caquetage des
amis de Job sonne faux ? Une présence, silencieuse, compatissante, ne
dit-elle pas infiniment plus que tous les discours qui tiennent la souffrance à
distance ?
Et pourtant, frères et
sœurs, il faut parler de la souffrance. Non pas, sans doute, à celui qui
souffre atrocement dans les hôpitaux qui sont les temples de la souffrance,
mais à ceux qui, comme vous et moi, sont déjà ou ont été confrontés à la
souffrance. L’homme est ainsi fait qu’il a besoin de comprendre. Besoin de
lumière pour son intelligence car l’absurde et le non-sens redoublent sa
détresse. Pourquoi Dieu permet-il la souffrance ? Le malheur a-t-il un
sens ? Si le christianisme, sur ces questions vitales, n’ose plus exprimer
une parole de sagesse, alors, il n’a vraiment plus rien à dire.
La souffrance ! Elle
est partout. Elle est autour de nous, elle est en nous. Le monde entier est son
domaine, mais son terrain privilégié, en même temps que son meilleur
auxiliaire, est l'homme, à qui il suffit d'exister pour souffrir et produire
automatiquement de la douleur. Que l'on s'appelle Job, Paul de Tarse, Homère,
Michel-Ange, Chopin, Napoléon ou Soldat inconnu, la souffrance colle toujours à
notre peau d'homme ou de femme. La souffrance est partout. Elle est capable de
prendre toutes les formes imaginables : guerres, maladie, torture
physique, deuil, souffrance morale, solitude, chagrin d'amour,
vieillissement... Tour à tour, elle se fait aiguë, sournoise, violente, sourde,
tenace, latente, hideuse, vicieuse. Elle frappe, martèle, écrase le corps,
brise le coeur, fait languir l'esprit. ElIe peut naître du travail, tout autant
que du plaisir. Personne sur cette terre n'est à l'abri de la souffrance. Elle
règne dans la vie du pauvre, mais n'épargne pas le confort du riche. Elle fait
pleurer l'enfant, défigure la beauté du jeune, ride le visage de l'adulte et
tord le corps du vieillard. Du berceau à la tombe, la souffrance est notre
inséparable compagne. La souffrance fait partie intégrante de la vie.
Devant cette implacable
réalité, l'homme se rebelle et se défend avec tous les moyens mis à sa disposition. Son instinct de vivre
s'oppose sans cesse contre tout ce qui menace de le détruire. Sera-t-il
possible d'apprendre à assumer la souffrance, à la maîtriser, à l'utiliser, à
la transformer, de manière à pouvoir faire de cette maîtresse de mort, une
maîtresse de vie ? La souffrance est un sujet si vaste et si complexe qu'il
serait prétentieux de ma part de vouloir ébaucher ici, ne serait-ce que ses
principales implications.
La plupart des
souffrances sont consécutives aux mauvais choix de l’homme. Ceux-ci ont été
largement décrits dans le livre de la Genèse tels que le doute concernant la
toute-puissance de Dieu, l’orgueil, le désir de l’homme de se mettre à sa
place, la recherche effrénée du pouvoir et de sa propre gloire, la convoitise,
le désir de vouloir posséder toujours plus et la jalousie qui a conduit au
premier meurtre de l’humanité. Dans la plupart des cas, c’est bien l’homme qui
est à l’origine des souffrances, celles qu’il subit lui-même ou qu’il fait
subir aux autres. Tous les médias ne cessent de relater ces malheurs qui
frappent souvent des innocents.
Depuis toujours l'homme se
sent poussé à exprimer sa souffrance. Dès la naissance, Ies premières
expressions du nouveau-né sont des cris de douleur, de rupture, de peur. La
littérature universelle surgit comme un besoin de dire Ie drame humain. La
Bible contient beaucoup de témoignages sur la souffrance : Salomon et Job ont
connu et exprimé mieux que quiconque la misère
humaine : l'un dans la prospérité
et l'autre dans l'adversité. L'un en faisant l'expérience de la vanité des
plaisirs et l'autre en faisant l'expérience de la réalité de la souffrance.
De nombreuses tendances
religieuses, même chrétiennes, sont quelques fois arrivées au culte de la souffrance,
d’une souffrance presque rédemptrice.
Face à ces excès et à
cette fausse théologie, il est important de comparer l'exemple du Christ. Il
n'a pas réprimé sa souffrance. Mais ses expressions sont d'une sobriété et d'un
réalisme saisissants. II dit : «J'ai soif » (Jean 11.28). Il
pleure sur Jérusalem (Luc 19.41) et sur le tombeau de Lazare (Jean 11.35). Il
dit au soldat : « Pourquoi me frappes-tu ? » (Jean
18.23). Il crie son désarroi face à la solitude et à l'abandon : « Mon
Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné ? » (Mt 27.46). Avec
lui, je retrouve le droit d'exprimer ma souffrance et de la dire.
Une idée très courante
dans beaucoup de religions (mêmes chrétiennes), est que toute souffrance est le
résultat direct d'une punition divine causée par une transgression dont le
coupable n'est pas nécessairement conscient. Ainsi nous entendons dire :
“Pourquoi Dieu permet-il que cet ivrogne renverse ce vieillard ?, Pourquoi
Dieu permet-il que des enfants soient massacrés pendant toutes ces guerres ?, Pourquoi
Dieu m'envoie-t-il ce cancer ?, Qu'est-ce que j'ai pu faire au bon Dieu pour
qu'il me donne une fille ou un garçon aussi bête ? L'enfant tombe en
essayant d'atteindre le pot de confiture : les parents : « Voilà, tu
l'as bien mérité. Dieu t'a puni ! ». C'est la théologie des
sadducéens (celle des amis de Job) : c’est cette fausse théologie qui affirme
que toute prospérité est une bénédiction divine, tout malheur un châtiment
mérité !
La Bible ne contient
pas beaucoup d'explications sur la souffrance. Il y a un livre (celui de Job)
qui a été certainement écrit pour s'opposer à la tendance bien enracinée en
l'homme, selon laquelle toute souffrance est la conséquence directe de la
punition divine pour une faute personnelle. Il est vrai que la Bible dit que « le
salaire du péché, c'est la mort » mais elle ne dit nulle part que
toute souffrance est le salaire mérité par le péché du souffrant. Job souffre
et pourtant il est innocent (Job 1.1). Malgré ce livre et beaucoup d'autres
passages bibliques, il y a encore aujourd'hui des gens qui raisonnent comme Ies
amis de Job.
Pour les apôtres, qui
croisent le malheur en la personne de l’aveugle-né, le problème est assez
simple : « Rabbi, qui a péché, lui ou ses parents, pour qu’il
soit né aveugle ? » (Jn 9, 2).
Ne prenons pas cette
question à la légère. Car elle découle d’une conviction qui traverse toute la
Bible : la souffrance des hommes a quelque chose à voir avec le péché.
Plus précisément, elle en est une conséquence. En effet, Dieu est l’Unique, le
Tout-puissant, Maître absolu de toutes choses. De sorte que rien ne se produit,
au ciel ou sur la terre, que Dieu, dans son infinie bonté, ne le veuille ou ne
le permette. « Pas un moineau ne tombe à terre sans la volonté de
votre Père » affirme Jésus
dans Mt 10-29.
Dieu n’est pas impuissant
face au malheur ou à la souffrance - sinon comment pourrait-il nous en
libérer ? Le malheur n’échappe pas à la souveraineté de Dieu. Si le
malheur existe, c’est donc que Dieu le permet. Mais, pourquoi ? Dieu
prendrait-il plaisir à la souffrance ? Jamais. Au grand jamais. Dieu ne
veut et ne peut vouloir que le bien. Par conséquent, s’il permet le malheur,
c’est qu’« à quelque chose malheur est bon ».
L’Église a toujours enseigné
que l’immense misère qui opprime les hommes est incompréhensible sans son lien
avec le péché d’Adam, avec le péché originel. Ni la souffrance ni la mort
n’entrent dans le projet de Dieu pour l’homme. Il serait scandaleux qu’un être
spirituel comme l’homme soit broyé par les forces aveugles de la matière. Non,
Dieu n’a pas créé l’homme pour le laisser souffrir. Reste donc une seule
solution : l’homme s’y est mis lui-même, par sa faute. Il a lui-même rompu
le lien d’amour qui le plaçait sous la protection particulière de Dieu. Adam a
perdu, pour lui et pour sa descendance, les dons qui, dans le projet initial de
Dieu, devaient le préserver de la souffrance et de la mort. L’homme s’est ainsi
livré pieds et poings liés aux forces de la nature qui, depuis, l’écrasent.
« c’est
par un homme, affirme l’âpotre Paul, que le péché est entré dans le monde et
par le péché, la mort » (Ro 5, 12), car « la mort est le salaire du
péché » (Ro 6, 23).
Cela signifie que la
souffrance n’est pas pour l’homme une fatalité. Elle peut donc être vaincue
puisqu’elle découle non de quelque sombre nécessité cosmique mais de la liberté
de l’homme. Or, ce qu’un homme a brisé, un autre homme peut le réparer. Dans
l’intimité de nos cœurs, par le pardon des péchés, Jésus a tari la source du
malheur et de la souffrance ; il nous a ouvert l’espérance d’un avenir où
il n’y aura plus ni pleurs ni larmes.
C’est pourquoi, face au
malheur, Jésus nous invite à ne pas trop nous attarder à la recherche des
causes - « Ni lui ni ses parents n’ont péché », ce qui
veut dire que « l’essentiel n’est pas là ! ». Le Seigneur tourne
notre regard vers la victoire finale : « C’est afin que les
oeuvres de Dieu soient manifestées en lui », en cet aveugle de
naissance, symbole de l’humanité plongée dans la nuit. « Dieu est
Lumière, en lui point de ténèbres » nous dit la première épître de
Jean 1, 5 et l’œuvre de Dieu, la première
oeuvre de Dieu, l’œuvre du premier jour, c’est la lumière « Et Dieu
dit : que la lumière soit ! et la lumière
fut ». Dieu n’a pas voulu les ténèbres du péché. Pourtant, s’il
les a laissées s’étendre sur sa création, c’est qu’il savait que, de ces
ténèbres mêmes, il ferait surgir, en Jésus-Christ, un Jour nouveau qui n’aura
pas de déclin. Augustin, l’un des grands docteur de l’Eglise, nous livre la
clé, le secret sur lequel s’appuie toute l’espérance chrétienne :
« Dieu ne permet le mal que parce qu’il est assez puissant et bon pour en
tirer un bien plus grand ». Quel est, pour chaque malheur, ce bien plus
grand ? La plupart du temps, nous n’en savons absolument rien. Mais ce que
nous savons, c’est qu’il existe et que Dieu le connaît. Et cela nous suffit
pour ôter à la souffrance l’aiguillon désespérant de son absurdité. Nous savons
qu’avec Dieu jamais le malheur n’aura le dernier mot et, en nous aussi, pauvres
êtres souffrants, les oeuvres de Dieu seront manifestées.
Souvent,
l’aspect cruel du malheur et de la souffrance est une véritable pierre
d’achoppement qui empêche beaucoup de personnes de se tourner vers Dieu ou de
continuer à croire en Dieu.
Dieu est-il
responsable de la famine dans le monde ou celle-ci n’est-elle pas plutôt due à
l’égoïsme des grands de ce monde qui utilisent l’argent du peuple pour acheter
des armes ? Dieu est-il responsable de la mondialisation aboutissant aux
licenciements massifs dans tous les secteurs de l’économie ? Il serait vraiment
trop long de citer toutes les souffrances dues aux mauvais choix des hommes.
Qui n’a pas été révolté en les constatant autour de lui ou même dans sa propre
famille ! Mais pourquoi Dieu n’intervient-il pas pour mettre de l’ordre, pour
rétablir la paix, la justice, l’amour et la joie qui seront les
caractéristiques de son royaume éternel ? Et c’est à ce moment-là que beaucoup
de gens brandissent le poing vers le ciel en accusant Dieu d’avoir abandonné la
terre avec tout ce qui s’y trouve.
Aussi
longtemps que tout va bien dans notre vie, il nous est facile de croire en un
Dieu d’amour qui a tout fait pour nous sauver. Mais c’est au moment où la
tempête s’abat, où des épreuves de toutes sortes semblent s’acharner sur les
chrétiens, que tout peut basculer. Que restera-t-il de l’assurance chrétienne ?
C’est alors qu’il faudra s’accrocher aux promesses divines. Les difficultés de
la vie peuvent soit nous rapprocher du
Seigneur soit nous en éloigner.
C'est pourquoi, pour
aider ceux qui souffrent, il n'est pas suffisant d'apporter un soulagement.
L'essentiel est d'apporter cette force du dehors, cette grâce, ce recours
spirituel qui donne le courage nécessaire pour consacrer ses efforts à quelque
chose de plus précieux. La conséquence positive la plus immédiate de la
souffrance est la capacité qu'elle peut donner pour comprendre la souffrance
des autres. Finalement, notre manière de faire face à la souffrance révélera
qui nous sommes. Le croyant peut trouver des ressources infinies dans l'amour
de Dieu. Car on peut affronter tout quand on se sait pleinement compris et
absolument aimé ! « Je peux tout en celui qui me rend fort » (Philippiens
4.13). Seulement par la foi, par la Grâce, par Christ !
Job, homme intègre et juste a dû subir
les pires souffrances dépassant même notre imagination. Non seulement, il a été
éprouvé atrocement dans son corps mais en plus, il fut abandonné par sa propre
femme et ses amis. En général, Dieu suscite toujours dans les situations
extrêmes une âme compatissante pour réconforter celui ou celle qui se trouve au
bord du gouffre. Il n’en a rien été pour Job, l’exemple même de la souffrance
et de la patience. Son histoire et sa victoire finale doivent nous faire
réfléchir. De toute évidence, en ne cessant d’espérer en Dieu et en faisant
preuve d’une fidélité absolue dans les bons et les plus mauvais jours, Job a
fait le meilleur choix.
Par
la suite, le prophète Esaie décrit (chapitre 53 de son livre) notre Sauveur à
venir comme étant l’exemple parfait d’un serviteur souffrant, obéissant à Dieu
et se chargeant de nos péchés.
Ainsi, Dieu,
en donnant la liberté à ses créatures, a volontairement limité sa toute puissance
au risque même de les perdre ! Mais l’amour absolu de Dieu ne se limite pas à
cette liberté accordée. Sachant par avance que ses créatures en feraient un
triste usage, les empêchant d’accéder à la vie éternelle, il a conçu avant même
la fondation du monde un plan de rachat de l’humanité. La Bible nous raconte
tout simplement l’histoire de cette rédemption de l’homme perdu, par un Dieu
Sauveur. Mystère insondable que l’apôtre Jean, résume admirablement bien dans
son évangile au troisième chapitre, verset 16 où nous pouvons lire que “Dieu
a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, pour que tous ceux qui
mettent leur confiance en lui échappent à la perdition et qu’ils aient la vie
éternelle”. Quel message rassurant et réconfortant de la part d’un Dieu
aimant ses créatures jusqu’à sacrifier son Fils unique pour nous arracher aux
griffes de l’adversaire et nous accorder la vie éternelle en sa présence !
Ainsi, il a permis que son propre Fils vienne jusqu’à nous et même jusqu’à la
tombe. Sa mort sur la croix, bien qu’étant innocent, a été transformée en
victoire éclatante sur le mal. Sa résurrection est pour nous un gage de notre
propre résurrection et de la vie éternelle. Quelqu’un disait : “devant
la souffrance du monde, Dieu ne reste pas les bras croisés, mais les bras en
croix”.
Bien que la perfection
ne soit pas de ce monde, celui qui a décidé de suivre Jésus-Christ, quelque
soit son état et quoiqu’il arrive, pourra être victorieux de sa vieille nature
d’homme déchu. Dieu l’a promis en se servant du prophète Ezéchiel : “Je
vous donnerai un cœur nouveau, et je mettrai en vous un esprit nouveau”
(Ezéchiel 36.26). Il suffit donc de laisser Dieu agir en nous par son Saint
Esprit et de lui demander d’entrer dans notre vie quotidienne. Dieu n’est pas
insensible à nos épreuves, au contraire mais parfois il nous demande d’être
patient afin que sa réponse soit encore plus éclatante. Quoi de plus simple que
de saisir la main de Jésus-Christ , cette seule et
unique “bouée de sauvetage”, afin d’arriver à bon port à la nouvelle terre ! Là
enfin, Dieu habitera avec les hommes, “essuiera toute larme de leurs yeux
et la mort ne sera plus, il n’y aura plus ni deuil, ni cri, ni douleur”
(Apocalypse 21.1-4). En attendant ce jour merveilleux, il nous faut mener le bon
combat de la foi.
AMEN